1944 : reprise des travaux après-guerre

Les Maçons français n'ignorent probablement pas l'existence de la lettre signée par les Frères Arthur Groussier et Louis Villard au maréchal Pétain en date du 7 août 1940. Ils y affirment notamment que, "dans l'absolue impossibilité de réunir l'Assemblée ou le Conseil qui détiennent les pouvoirs statutaires […] le Grand Orient de France cesse son fonctionnement et que toutes les Loges qui en relèvent doivent immédiatement renoncer à poursuivre leurs travaux si elles ne l'ont déjà fait". On l'imagine, cette déclaration signant le sabordage de l'obédience huit jours avant la promulgation des lois interdisant les sociétés secrètes, cette génuflexion devant le gouvernement de Vichy, ne pouvait faire l'objet d'un consensus parmi l'ensemble des Frères du Grand Orient. Seule une infime minorité de maçons se rallia à l'Ordre nouveau (1). Le Grand Orient et la Grande Loge furent dissous, on le sait, par décret du 19 août 1940. Le Droit Humain le fut en novembre et les autres plus tard. Nombre de maçons furent arrêtés et interrogés, beaucoup rejoignirent la Résistance. Nombreux également furent ceux qui trouvèrent la mort au combat ou dans les camps de concentration. En octobre, quinze mille noms de Maçons furent publiés et ceux qui furent ainsi dévoilés se virent exclus de la Fonction Publique et démis de tout mandat électif. "Il fut demandé aux fonctionnaires de signer une déclaration sur l'honneur selon laquelle ils n'étaient pas ou plus Francs-Maçons et qu'ils n'adhèreraient pas à une société secrète si elle se reconstituait" (2).

Ce que l'on sait probablement moins, c'est que se constitua le 7 janvier 1941 un "Grand Conseil provisoire de la Franc-Maçonnerie française" qui devint le "Comité d'Action Maçonnique" fondé pour "chasser l'ennemi, restaurer la République, préparer l'unification du Grand Orient et de la Grande Loge", et maintenir clandestinement l'activité maçonnique en France. A l'issue des hostilités, les Frères membres de ce comité vont mettre en cause, dans la perspective de la tenue du Convent de 1945, les signataires de la lettre. Ils adressent alors aux Frères de l'Obédience une brochure intitulée "La lettre au Maréchal et la responsabilité des signataires devant le prochain Convent". Ils posent pour l'essentiel le problème de la légitimité du maintien du Frère Villard qui, "bien loin de songer à la retraite […] usurpe les fonctions de Président au détriment de la bonne marche des séances du Conseil". Ils lui reprochent également de s'emporter dès lors qu'il est question de limiter ses empiètements. Le problème est alors posé d'un renouvellement total éventuel du Conseil, ce que ne souhaitent pas les Conseillers élus au convent de 1939. On le voit, après le terrible ébranlement provoqué par la guerre, la reprise des travaux au Grand Orient ne fut pas un long fleuve tranquille.

En fut-il différemment pour les Loges de province ? C'est ce que nous proposons d'examiner en nous appuyant sur les difficultés rencontrées lors de la reprise des travaux de la Loge de Nancy. On doit souligner cependant qu'il ne saurait être question d'en faire un cas illustrant la situation de toutes les Loges. On verra néanmoins qu'elle rencontra, à l'image d'autres Ateliers, des problèmes liés spécifiquement aux séquelles de la guerre.

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