1940-1944 : La chasse aux Maçons dans l’Echo de Nancy

Le 6 août 1940, le lecteur prend connaissance de l'éditorial de Franz Philipps : "Il s'agit, avant tout, de supprimer les plus réputées, les plus anciennes et les plus dangereuses des sociétés secrètes, les Loges de la Franc-maçonnerie".

Le 20 août paraît sur une page complète avec photo de l'entrée du 15 de la rue Drouin d'un auteur inconnu un article intitulé : "La Franc-maçonnerie à Nancy" avec, en sous-titre "Le mystère de la rue Drouin". J'en résume le contenu. Les Franc-maçons y sont, bien sûr, traités de secte mystérieuse. Le journal "organise" une visite guidée - peut-être par un ancien maçon - du Temple avant qu'il ne soit définitivement fermé. Les détails historiques cèdent bientôt le pas à des élucubrations plus hypothétiques (maçonnerie alimentaire, pouvoir occulte en politique, etc.). Une longue et minutieuse énumération des décors du Temple est alors révélée au grand public, elle précède la relation - très incomplète - d'une cérémonie d'initiation. Retour enfin à l'Histoire avec les anathèmes papaux contre la Franc-maçonnerie et le "combat" du fougueux évêque de Nancy, Mgr Turinaz.

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29 août 1940 : Sur 3 colonnes en page 3,
"La Franc-maçonnerie à Nancy, le mystère de la rue Drouin",
accompagné d'une invitation à une Tenue et de l'entrée de la maison du temple.

Le 9 octobre on évoque une perquisition au siège de la Loge, rue Drouin. Les policiers et les magistrats ont saisi divers insignes, bijoux distinctifs, écharpes bariolées et brodées d'attributs singuliers (dont une du 30° degré). Ils ont également fait main basse sur des documents et des brochures du Grand Orient dissous.

Le 24 novembre on apprend que Messieurs Bruntz, Recteur, Laye, Inspecteur d'Académie et Mennessier, Inspecteur Primaire et un certain nombre d'instituteurs sont relevés de leurs fonctions. Appartenaient-ils à la Franc-maçonnerie ?

Le 16 mars 1941 Franz Philipps signe un nouvel article : aux obsèques d'un peintre nancéien, un service religieux avait été annoncé dans la presse. Trois Maçons se seraient présentés chez sa veuve pour lui demander de renoncer à des obsèques religieuses car le défunt se serait engagé en Loge à se faire enterrer civilement. Philipps veut donc démontrer que malgré la dissolution des Loges, la Maçonnerie existe encore et que les Maçons agissent toujours.

Le 30 avril nous donne un exemple de la prose de Martin de Briey : "Qu'entendons-nous ? Des formules usagées, des slogans abstraits. Droit, Justice, Liberté, Respect de la Dignité Humaine... Lieux communs sans valeur active, trop souvent prostitués et qui ne parlent plus à l'imagination populaire".

Le 24 mai on apprend que les biens de la Loge La Renaissance à Saint-Dié sont mis sous séquestre.

Le 12 juin, des procès anti-maçons ont lieu. Ainsi, à Corbeil, à la Loge Danton, pour avoir voulu reconstituer sa Loge, le Vénérable est condamné à 1 an de prison avec sursis et 500 Francs d'amende. Il est déchu de ses droits civiques pour 5 ans.

travailfamillepatrieUne secte, bafouant les sentiments les plus nobles, poursuit, sous le couvert du patriotisme, son œuvre de trahison et de révolte. Trop de Français regardent en arrière et croient encore possible un retour vers la facilité et l'ancien régime : professionnels de l'élection qui ont perdu leurs privilèges, bourgeois d'affaires aveuglés par leur égoïsme trusts avides de retrouver leur hégémonie, administrations souvent passives, sinon hostiles."Je vous le déclare, une page de notre histoire a été définitivement tournée. Le passé est bien mort, c'est vers un avenir de courage, d'honnêteté, de patience et d'union que le Pays doit résolument se tourner. Son salut est à ce prix".
Philippe Pétain
Gergovie le 30 août 1942

 

"Un juif n'est jamais responsable de ses origines. Un franc-maçon l'est toujours de ses choix", répète le maréchal Pétain. Orchestrée par Vichy avec le soutien des Allemands, la répression contre les Franc-maçons est redoutable.La loi du 13 août l940, décrétée par le maréchal Pétain, interdisait " les associations secrètes ". Les obédiences maçonniques furent dissoutes, tandis qu'on imposait à leurs dignitaires le statut des juifs.La loi du 11 août 1941 interdit aux Francs-Maçons l'exercice des fonctions publiques, fonctions énumérées à l'article 2 du statut des juifs du 2 juin 1941.

Le 18 juin on annonce la vente aux enchères de l'ameublement de la Loge de Boulogne-sur-Mer : le fauteuil et le bureau du Vénérable ont été vendus 34 et 120 Francs. Les 6 stalles en chêne pour 50 personnes ont trouvé preneur à 695 Fr.

Le 6 octobre, un gros titre : le Franc-maçon Marc Rucart est démissionné d'office de ses fonctions de conseiller général du canton d'Epinal.

Le 9 octobre, de Briey écrit à propos du renouveau du catholicisme en France : "Il est inouï de penser que des catholiques français en arrivent à faire chorus avec les éléments de pourriture, juiverie, Franc-maçons, communistes... qui sont ligués derrière les Anglais".

Le 4 décembre le journal révèle qu'avant la guerre, le frère Roger Salengro, Ministre du Front Populaire, en visite à Nancy, n'a pu être reçu par la Loge nancéienne "Humanité meilleure" car le Conseil Fédéral, par souci de discrétion, ne l'a pas accepté. Commentaires du journaliste : "On maintient en Franc-maçonnerie le caractère occulte de toute activité".

Le 4 août 1942, dans "La Chasse aux Maçons", dont je vais parler plus loin, on cite M. B...,agent commercial, 3° degré, 2°surveillant en 1932 de la Loge Les Amis de la Vérité à l'Orient de Metz.

Le 9 mai 1943 paraît un grand article intitulé : "Recommandé par la Loge Saint-Jean de Jérusalem". Il s'agit de la correspondance échangée, en 1904, entre le secrétariat du G.O. de Paris et la Loge Saint-Jean de Jérusalem de Nancy au sujet d'une demande de mutation d'un officier de Châlons-sur-Marne à Nancy.

Le 8 juillet, un "bobard" parmi tant d'autres. Sous le titre "Sadisme maçonnique". Cité du Vatican - L'Agence Pontificale fait savoir que sur proposition de la Grande Loge de Washington, seraient membres d'honneur de la Franc-maçonnerie tous les aviateurs américains ayant participé aux bombardements de l'Italie. Des primes seraient versées à ceux qui peuvent prouver avoir touché des églises.

Le 28 juillet, le film "Forces occultes" arrive à Nancy au Pathé. "Les mystères de la Franc-maçonnerie dévoilés pour la 1ère fois". Deux séances à 15 et à 20 h 30. Il sera projeté jusqu'au 3 août (faible audience) et sera remplacé par "Brazza" ou l'épopée du Congo. Aucun commentaire ni avant, ni après dans l'Echo de Nancy.

Le 3 juin 1944 on lit une publicité pour le journal le "Cri de l'Est" tiré à Epinal. En vente dans tous les kiosques avec un dernier titre antimaçonnique : "Une nouvelle liste de Franc-maçons de Nancy et de la région est imprimée".

Le 30 juin, enfin, dernier éditorial de Philipps, le jour où Philippe Henriot est abattu par les Résistants, il écrit : "Ne pas défendre le Juif, demander à être libéré des Franc-maçons, est-ce être un agent de l'Allemagne ?"