1906 : Les inventaires en Meurthe-et-Moselle

Pour la République dans sa livraison du 4 février 1906 titre : "Inventaire des biens d'églises : Turinaz proteste, la guerre commence, aux ordres du Pape". Le journal explique que l'opération d'inventaires ne pouvait pas ne pas provoquer, notamment à Nancy, des réactions. "A Nancy, Turinaz - dit Tambourinaz, ou Tu-nous-rases - a fermé sa porte au nez du représentant de l'administration, non sans l'avoir averti qu'il risquait l'excommunication majeure..."

On sait qu'il faudra attendre le 13 mars pour que les opérations d'inventaire soient menées à leur terme à la cathédrale avec la participation de l'armée. C'est le même jour que des jeunes catholiques décident "d'inventorier la Loge", ce dont Hogard qui, pourtant, ne néglige que peu de détails, se garde bien de parler(5). L'attitude de l'évêque est sans équivoque : c'est bien d'une déclaration de guerre qu'il s'agit ici :

"J'ignore, dit-il le 24 décembre 1905(6), la décision du Saint Père, mais quelle qu'elle soit, il faut nous attendre aux plus terribles épreuves. On nous a déclaré la guerre. Eh bien ! Nous l'acceptons. S'il faut ignorer la loi, nous resterons dans nos églises et dans nos presbytères jusqu'à ce qu'on nous jette dehors manu militari et, quand on nous aura chassés, nous reviendrons. Si le Pape nous ordonne de subir la loi, nous courberons la tête, mais nous attendrons avec confiance le jour où le peuple de France se lèvera enfin pour chasser ses oppresseurs et conserver nos libertés saintes. Les périls nous menacent : ne tremblons pas ! Nous résisterons et marcherons en avant... Un jour, la victoire viendra".

Le chanoine Hogard étudie alors l'attitude de Turinaz à Nancy. "Son suprême espoir est dans le Souverain Pontife : c'est de lui que viendra la lumière". Selon lui, accepter le principe de la location des églises, ce serait admettre la confiscation. "Les catholiques se persuaderaient que rien n'est changé...". Turinaz se rend bien compte de la relative indifférence des Français, voire leur relative hostilité à l'église. C'est pourquoi, dit-il, "le peuple a besoin d'être instruit et réconforté..."

Le 11 février 1906, Pie X lançait l'encyclique "Vehementer" au terme de laquelle "... le Souverain Pontife réprouvait et condamnait la loi de séparation, comme profondément injurieuse vis à vis de Dieu, comme contraire à la constitution divine de l'Eglise, à ses droits et à sa liberté ; comme gravement offensante pour la dignité du Siège Apostolique, pour la personne du Pape, pour le clergé et les catholiques français. Ce document impatiemment attendu, causa chez l'évêque de Nancy une véritable explosion de joie." La position exprimée par le Pape ne peut que donner un regain de vigueur, pour autant que cela fût nécessaire, à celle de Turinaz. Il demande plus fort que jamais à son clergé de refuser de prêter la main à toutes opérations dans le cadre de la loi.

En France, certains prêtres appellent au calme. Le 26 mars 1906, c'est la lettre dite des "cardinaux verts", tous catholiques notoires, qui tente de calmer le jeu. Turinaz, lui, réprouve cette initiative. Le 30 mars, sa "Réponse à des légistes et à des académiciens" sonne comme une condamnation. Mais ce sont surtout les laïcs, les partisans de l'Action française née au tout début du siècle mais sans véritable troupe en 1904, qui vont organiser la résistance. La "Jeune Garde" silloniste se jette dans la bataille à Paris. Les événements vont alors prendre un tour plus inquiétant.

Ainsi qu'en attestent les Archives départementales(7), partout hors Nancy et Saint Nicolas de Port, les opérations vont se faire dans un calme relatif. Un exemple, celui notamment de l'inventaire de la fabrique(8) paroissiale d'Agincourt, "dressé, nous apprend le Procès Verbal, en exécution de l'article 3 de la loi du 9 décembre 1905" illustre bien ce qui se passe dans nos campagnes : "Le 9 mars 1906 à deux heures et demie du soir en présence de Monsieur Coulle, curé desservant la paroisse, nous, soussigné Didelot, percepteur à Nancy,... avons procédé, ainsi qu'il suit à l'inventaire descriptif et estimatif des biens de toute nature détenus par la fabrique paroissiale d'Agincourt". Suit l'inventaire des biens meubles et immeubles de la fabrique, ceux de l'Etat, du département et des communes dont la fabrique n'a que la jouissance, exemple : église et ses ornements, meubles, le presbytère,... Observation d'ordre général : "L'inventaire s'est passé dans le plus grand calme. Toutes les portes étaient ouvertes à notre arrivée. Monsieur le curé nous a assisté passivement dans l'opération. Il a déclaré qu'il n'y avait pas d'armoire à trois clefs ni de coffre fort... Le présent inventaire et le classement qu'il comporte... nous l'avons signé seul, les comparants ayant refusé de le revêtir de leur signature". Signé : Didelot, percepteur à Nancy.

Tels sont les documents d'archives relatant les opérations d'inventaires ainsi qu'elles se déroulèrent dans notre région. On le voit : nulle violence, un refus de participer aux opérations de la part du curé, conformément aux injonctions de l'évêque.

 

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