1906 : le sac de la Loge

La mise à sac du Temple de la rue Drouin

Donnons tout d'abord la parole à Charles Bernardin, alors Vénérable Maître de la Loge. Dans une correspondance au Conseil de l'Ordre il explique les faits :

"Très Chers Frères,

Les journaux vous ont appris le sac et le pillage de la Loge de Nancy le 13 courant ; je vous envoie quelques renseignements complémentaires.

La foule s'est ruée sur l'immeuble occupé seulement par le Frère Servant, sa femme et son fils (un enfant). Il y avait deux curés en soutane, et la fine fleur de l'aristocratie nancéienne où brillait tout particulièrement une De Cathelinau, nom bien de circonstance. Rien ne peut vous donner une idée de la rage de destruction dont cette bande de forcenés était animée ; on dirait qu'un cyclone s'est abattu sur notre local. Mais heureusement les dégâts sont purement matériels ; c'est l'essentiel. Les cléricaux n'ont trouvé aucun écrit, aucune correspondance, aucune liste de membres, pas même un rituel ! Les sachant capables de tout nous avions pris nos précautions à tout hasard et nous nous en félicitons (4). C'est à coups de hache que les deux énormes et solides portes ont été enfoncées. Bref, les dégâts s'élèvent à 4038 francs..."

Il annonce qu'il fera le nécessaire "pour faire payer les pots cassés à la cléricale ville de Nancy qui s'y refuse énergiquement..." et qu'il se portera partie civile "contre les apaches de sacristie qui se sont fait pincer... Il y avait, ajoute-t-il, dans le local un tableau des Frères décédés. Ce tableau n'était pas au courant depuis longtemps. Les calotins s'imaginent que c'est la liste officielle des membres de l'Atelier et ils annoncent depuis 8 jours la publication de cette liste. Ce sera un éclat de rire général car tous les noms qu'ils vont donner seront ceux de Frères décédés depuis 20 ou 40 ans au moins, encore un peu on y trouverait Hiram-Abi".

Charles Bernardin tient, ainsi qu'il le dit, à faire du congrès des Loges de l'Est, "une manifestation maçonnique qui prouvera aux cléricaux que loin de nous laisser abattre, leur acte inqualifiable n'a fait que stimuler notre zèle et que plus que jamais nous les combattrons (5)".

On reconnaît bien là le fougueux Bernardin.