1906 : le sac de la Loge

Depuis l'avènement de la IIIe République et le renforcement de la majorité républicaine puis radicale, la politique des gouvernements successifs, à l'exception de celui Méline, pourtant lui-même Franc-maçon, a suivi une ligne profondément anticléricale qui s'est même à l'occasion teintée de sentiment antireligieux. C'est particulièrement dans le domaine de l'école que la politique de laïcisation a été poursuivie de façon rigoureuse et systématique, à l'égard notamment des congrégations enseignantes. La laïcisation progressive de la société devait trouver son couronnement, après la rupture des relations diplomatiques avec Rome, dans la politique combiste et le vote de la loi de Séparation des églises et de l'Etat (1). Nous avons, dans un article précédent consacré aux "inventaires en Meurthe-et-Moselle", indiqué dans quelles conditions ces derniers s'étaient opérés. Nous n'y reviendrons pas ici.

Dans la série des inventaires des églises, le mardi 13 mars 1906, on va procéder à celui des biens de la Cathédrale de Nancy qu'encercle la troupe. Indiquons, sans nous étendre davantage sur le sujet, que cette opération ne constitue pas une spoliation, idée que tentent d'accréditer la réaction et le clergé. Cette opération consiste à dresser l'inventaire des biens de l'Église à des fins de conservation, ces biens ayant vocation à être confiés aux associations cultuelles créées par la loi pour les gérer.

Une déclaration prémonitoire de la Croix de Nancy

Le 1er décembre 1899, la Croix de Nancy s'écrie : "Sus aux congrégations... sus aux Loges" ... "La Franc-maçonnerie veut prendre sa revanche. Obligée de battre en retraite devant la volonté expresse de la nation, qui a manifesté unanimement son attachement envers l'armée (2) , elle cherche à entraîner ses sicaires (3) à l'assaut des forts avancés qui protègent l'Église, et prétend détruire les congrégations..."

Le journal, évoquant la passivité du peuple en 1880, y trouve une explication dans les excès du clergé qui sont par ailleurs depuis longtemps dénoncés. Il classe au rang des "préjugés anciens, habilement exploités par la presse juive", l'idée que les congréganistes et leurs établissements "étaient des foyers d'opposition à la République... Calomnies sans doute..."

Pour elle, on ne saurait s'en étonner, les dominicains, les "modestes publications" des assomptionnistes, les jésuites sont les victimes passives de la politique de laïcisation. "Mais, ajoute-t-elle, ceux qui n'ont pas fait vœu de perfection et de renoncement... que feront-ils ? ... Ceux-là ne courberont pas la tête devant les maillets maçonniques. Au cri de - Sus aux congrégations - ils répondront par le cri de - Sus aux Loges -. Et qui pourrait les condamner ?"

Voilà un Sus aux Loges bien prémonitoire, plus de six ans avant les opérations d'inventaire !

 

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