1904 : L’affaire Delsor et le séparatisme

Dès la première Tenue de la Loge, le 18 janvier, les Frères de Nancy réagissent et, sur proposition du Conseil d'Administration, l'Atelier vote une adresse de félicitations au Frère Humbert, préfet de Meurthe-et-Moselle, ainsi libellée : "La Loge Saint-Jean de Jérusalem réunie en tenue régulière le 18 janvier 1904, prie le Frère Humbert d'agréer avec l'expression de ses sentiments les plus fraternels ses félicitations les plus vives pour l'énergie avec laquelle il soutient la lutte contre les cléricaux et les faux patriotes. Il a avec lui dans cette lutte tous les maçons et l'Atelier se fait un devoir de l'assurer de sa vive reconnaissance".

Elle vote également à l'unanimité une adresse au Très Cher Frère Combes :

"La Loge Saint-Jean de Jérusalem réunie en tenue régulière le 18 janvier 1904 prie l'éminent Frère Combes d'agréer l'expression de ses sentiments les plus fraternels et le témoignage de sa profonde reconnaissance pour l'énergie avec laquelle il soutient la lutte contre le cléricalisme. Elle vient respectueusement et avec la précision que lui donne sa situation locale (7) lui affirmer que le Frère Humbert, préfet de Meurthe et Moselle, remplit avec conscience et dévouement la tâche qui lui est confiée. La Loge est certaine que la levée de boucliers dont la presse réactionnaire a donné le signal n'a d'autre but que de tenter de faire croire dans le département que les cléricaux sont plus puissants que l'administration. L'échec du Frère Humbert traduirait à cet égard un effet déplorable au grand désespoir de tous les vrais républicains".

A l'occasion de la Tenue extraordinaire du 21 février 1904, en présence du Très Illustre Frère Dubief, membre du Conseil de l'Ordre, le Frère Humbert, préfet de Meurthe et Moselle, est présent sur les colonnes. Sur la proposition du Frère Lévy, l'Atelier tire une triple et chaleureuse batterie en son honneur. Le Frère Humbert remercie vivement tous les Frères de cette marque de sympathie. "Je ne puis, dit-il, assister à vos Tenues mais recevant les convocations régulièrement, je suis avec intérêt vos travaux et comme vous le savez chaque fois que la Maçonnerie aura besoin de moi, la réponse sera toujours présent". L'Atelier, nous dit le tracé, applaudit longuement le Frère Humbert.

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Ici, le prussien est naturellement ... un juif

Pour la République du 28 février 1904 rapporte encore que ce dernier, assistant au Congrès républicain à la Maison du Peuple à Nancy le dimanche 21 février "porte le premier un toast à monsieur Loubet, notre digne Président de la République. Il remercie ensuite la Fédération républicaine et les divers comités qui, dans une affaire récente, l'ont réconforté par leurs marques d'approbation et leur affirmation de sympathie". Charles Bernardin, Vénérable de la Loge, qui prend ensuite la parole au nom de la Fédération remercie le préfet "en la personne duquel, il salue le premier préfet de Nancy qui ait osé affronter les injures réactionnaires et mériter la sympathie des républicains". On le voit, l'action gouvernementale et préfectorale sont en complète harmonie avec celle des radicaux nancéiens, particulièrement les Frères de Saint-Jean de Jérusalem.

Plusieurs Frères ayant donné communication de brochures cléricales attaquant la Franc-Maçonnerie, l'Atelier va décider de faire une brochure pour répondre aux "insanités cléricales". Les Frères Goutière Vernolle, Krug, Léon Lévy et Alfred Lévy sont délégués pour la rédaction de cette brochure.

Le 1er février 1904, le Frère Gérard entretient l'Atelier de la dépense faite pour les affiches Delsor et demande si la caisse de propagande ne pourrait y coopérer. Il apparaît que cette brochure soit appelée à une très large diffusion. C'est pourquoi après une discussion à laquelle prennent part plusieurs Frères, "l'Atelier décide de voter une médaille pour les affiches d'après l'avis du Conseil d'Administration qui fixera le chiffre, de faire circuler le tronc de propagande pour les brochures de propagande en cours d'exécution, de s'occuper des fonds pour les élections et d'étudier cette question à la Commission de propagande républicaine" (8).

Les journaux locaux ne seront pas les seuls à s'intéresser à cette affaire. Pour la République (9) estime à ce propos que ces derniers, de même que les parisiens sont souvent mal informés et feraient bien de mieux se renseigner. Le 24 janvier, le même journal, empruntant ses informations à la brochure de Jean Grillon dont nous parlerons plus loin, nous livre les raisons de la condamnation de Delsor par un tribunal allemand. Les nationalistes, exploitant l'affaire, avaient en effet indiqué que Delsor avait fait l'objet d'une condamnation à trois mois d'emprisonnement pour avoir protesté contre le traité de Francfort. Grillon exhume la fameuse condamnation : on y apprend que Delsor a bien été condamné à trois mois de prison, mais... pour outrage à la religion protestante !

Dès le 31 janvier, après avoir salué le rôle de l'Etoile de l'Est dans la campagne menée contre la réaction, qui, en fournissant tous les documents relatifs à l'affaire, a "permis au gouvernement et à la majorité de se ressaisir et d'infliger à la calotte une formidable raclée, dans la mémorable séance du vendredi 20 janvier". Le journal n'est pas le seul à souligner l'engagement du Frère Chapuis, député de Toul, qui "porta la parole républicaine à la tribune" (10). Il ne fait pas plus dans la nuance que les autres journaux : il fustige les positions affichées par "le noblichon de Ludre" (Ferry de Ludre). Brice quant à lui est gratifié en la circonstance du qualificatif de "doux gâteux" qui après son intervention "reprit son sommeil un instant interrompu... Grisé par le succès de son collègue Jules Brice, le sinistre Gervaize, brûlait lui aussi du désir de débiter quelque chose d'intelligent..." Il apostrophe donc le député Chapuis.

Le 15 février 1904, le Frère Jean Grillon avise les Frères de l'Atelier que la brochure de l'affaire Delsor est prête. Il ne lui aura fallu qu'une quinzaine de jours pour l'élaborer. Il est alors décidé que le Frère Secrétaire écrira aux Loges de l'Est pour leur offrir la brochure au prix de 15 centimes par cent exemplaires. Il s'agit là d'une procédure inhabituelle et nous voyons là que la Loge a bien l'intention d'en faire une diffusion particulièrement importante.

 

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