1902 : L’affaire Dreyfus et la Franc-Maçonnerie nancéienne

La fin du XVIIIe siècle vit la création de nombreuses Loges maçonniques au rang desquelles on compte celles de Nancy, La Vraie Lumière, L'Auguste Fidélité, Saint-Michel des Cœurs Unis, Saint-Louis Saint-Philippe de la Gloire, et naturellement Saint-Jean de Jérusalem. Rares seront celles qui passeront la tourmente révolutionnaire sans encombre. Il faudra attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour voir apparaître une nouvelle Loge qui finira par fusionner en 1887 avec Saint-Jean de Jérusalem.

Les maçons de la cité ducale se sont systématiquement impliqués dans la vie politique et sociale après la Révolution. On doit notamment au docteur Valentin l'introduction en France de la vaccine de Jenner, au docteur Piroux ses travaux sur les sourds. Plus tard la Loge sera présente à Nancy avec Alfred Krug, industriel, administrateur des Hospices Civils de Nancy, ancêtres de nos hôpitaux publics, dont une rue et un pavillon du Centre Hospitalier Régional portent le nom.

Plusieurs adeptes de la pratique de l'Art royal ont occupé dès le début du XIXè siècle des fonctions électives. Plus tard, à l'issue de la guerre de 1870, Nancy ayant exprimé un vote largement en faveur de la République, les maçons vont vertébrer des années durant l'équipe municipale et marquer de leur sceau la vie de la cité. Emile Adam sera le dernier Frère à occuper la fonction de premier magistrat avant le tournant du siècle.

Le conseil municipal est alors composé, au grand dam de la réaction, de nombreux Frères de Saint-Jean de Jérusalem. C’est précisément l’affaire Dreyfus qui va mettre un terme à cette situation. Dès l’année 1900, on assiste dans les élections municipales à un renversement de tendance, de nombreuses grandes villes basculant à droite.

03-ico02Les maçons, nous l’avons dit, sont totalement impliqués dans la vie sociale mais également dans la vie intellectuelle de la Cité. Edmont About, futur académicien, reçoit la lumière dans la Loge Saint-Jean de Jérusalem. On comptera à la fin du siècle sur les colonnes du Temple de Nancy Emile Goutière-Vernolle, directeur de la Lorraine artiste, Emile Nicolas, critique d’art et ami de Gallé, Emile Hinzelin, également lié au maître verrier nancéien, écrivain, poète, qui nous laisse une œuvre importante et notamment sa monumentale "Guerre du Droit". L'absence de grands noms de l'Ecole de Nancy dans la Loge est cependant un véritable sujet d'interrogation. Certes des artistes de l’Ecole sont sur les colonnes. C'est le cas de Paul Nicolas, verrier chez Gallé, du tapissier-décorateur Fridrich. Les maçons ne sont donc pas totalement absents. Gallé, ami de plusieurs membres de la Loge, n’est cependant pas maçon. Ses prises de position courageuses dans l’affaire Dreyfus, ses options philosophiques et politiques le rapprochent incontestablement des thèses soutenues par les maçons nancéiens. Il les côtoiera notamment dans la Ligue des Droits de l’Homme. Quant à Bernheim, lui même resté selon toute probabilité en marge de la Loge, il est incontestablement proche des positions défendues par les Frères nancéiens et les coudoie dans la Ligue des Droits de l'Homme comme il le fait à l'Institut Populaire et dans la mouvance républicaine.

C'est dans ce contexte politique et social que va débuter l’affaire Dreyfus à Nancy. La Loge va y prendre une part non négligeable. C'est ce que nous nous proposons de développer ici.

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