1899 : Le lycée de filles

La Maçonnerie française et l'enseignement

Pour la République rapporte le 13 mars 1904 les propos tenus par le Frère Debierre lors de l'une de ses conférences sur le problème de l'enseignement. Il nous semble bien résumer la position maçonnique, celle que les Frères de la Loge Saint-Jean de Jérusalem ont adoptée.

Une des premières applications était de débarrasser l'Etat laïque de la tutelle de l'Eglise, qui ne se contente pas seulement de pratiquer la religion, mais qui s'occupe surtout d'enseignement. Or cet enseignement basé sur des croyances absurdes et des affirmations dogmatiques est incompatible avec le libre développement du cerveau de nos fils. Il est indispensable que l'enseignement prépare des citoyens et non des sujets. L'Eglise est dangereuse parce qu'elle est le plus ferme appui de la bourgeoisie possédante, en recevant l'argent de cette dernière, elle peut donner un enseignement conforme à l'idéal d'abêtissement nécessaire au maintien de l'état actuel des choses...

L'enseignement catholique est donc considéré comme un obstacle au développement. "Les religieuses élèvent les filles dans l'ignorance, nous dit lui-même René Rémond : c'est le rebondissement de la querelle sur l'éducation des filles déclenchées par les initiatives de Victor Duruy, alimentée par les accusations de monseigneur Dupanloup, relancée par la polémique de Sauvestre". On a, dès 1882, pris des mesures : l'instruction religieuse ne figure plus au programme, elle ne peut être donnée qu'en dehors des locaux scolaires. On l'a aussitôt remplacée par une instruction morale et civique. Dès 1886, sous l'impulsion de Goblet, on s'engage, d'autre part, dans la laïcisation du personnel qui doit se faire dans un délai de cinq ans.

Le 17 juillet 1904, Pour la République rendant compte de la "Fête de l'Amicale laïque de Meurthe-et-Moselle" nous montrent six cents membres de l'enseignement publique laïque réunis dans la salle de l'Université Populaire le 9 juillet 1904. On y donne un banquet fraternel salle de la Renaissance, rue du Ruisseau. On envoie un télégramme à Loubet et Combes :
Les instituteurs et institutrices de l'Amicale laïque de Meurthe-et-Moselle... adressent à monsieur le président de la République et à monsieur le président du Conseil, leur profond respect et l'assurance de leur entier dévouement à la cause de l'école laïque.

Humbert, préfet de Meurthe-et-Moselle, franc-maçon, est chaleureusement acclamé à son entrée dans la salle du banquet. Au désert, il s'adresse aux membres de l'Amicale : "Je suis heureux de vous voir tous réunis à ce banquet fraternel. Il me tardait de vous dire combien le gouvernement de la République est fier de vous, combien son représentant vous tient en haute estime. Oui, je suis fier de vous, en raison du zèle, de la sollicitude avec lesquels vous avez créé les Amicales laïques, les cours d'adultes, les sociétés de secours mutuels, etc. Sachez que je tiens votre profession en haute considération... Vous êtes chargés de développer l'énergie morale de vos élèves, de frapper dans leurs cerveaux l'amour de la Fraternité, de la Liberté et de la Justice. Je salue en vous les préparateurs d'un meilleur avenir social. Grâce à votre enseignement, les distances entre les classes disparaîtront un jour ; les peuples apprendront à s'aimer comme des frères, pour le plus grand bien de la République et de l'humanité !"

Humbert évoque alors la mémoire de Macé, de Loritz... et porte un toast au président Loubet. Le banquet se termine par des ovations à Humbert, Loubet, Combes à la République, et par la Marseillaise, chantée par toute l'assistance debout. Selon le journal Pour la République du 22 octobre 1905, sous la signature de Pantz, "l'école laïque avec son prolongement naturel, le cours d'adulte, est la véritable école du citoyen. L'instituteur est donc le premier éducateur du suffrage universel..."